Erik Marchand

Le marchand de couleurs

Photo 1 Erik Marchand

Chanteur à la voix profonde, clarinettiste au timbre insondable, Érik Marchand n’a rien d’un VRP, mais tout d’un colporteur de la culture bretonne. Aussi secret que discret, le plus Breton des Parisiens sait comme nul autre faire rimer Poullaouen, son port d’attache armoricain, avec boulaouane, le célèbre vin marocain.

Qu’on se le dise, Érik Marchand n’a rien à vendre, mais beaucoup de choses à défendre. La moustache en bandoulière et le chapeau rond vissé sur le chef, l’homme collecte depuis les années 70 les paroles et les chants bretons pour la célèbre association Datsum. Littéralement fasciné par les gwerziou, ces complaintes armoricaines faisant la part belle au chant, il mène donc depuis plus de quarante ans une véritable guerre contre l’oubli. Au point, d’ailleurs, d’en devenir le porte-voix, une voix inimitable profonde et granitique, et finalement reconnaissable entre mille.

Mais l’histoire serait trop belle et trop simple, et même le marchand de sable s’endormirait. Érik Marchand a donc pris l’habitude de semer ses albums, avec parcimonie, sur le chemin de la reconnaissance, comme autant de cailloux aux couleurs et aux formes différentes : au sein de Gwerz, sa première formation, ou aux côtés de Thierry Robin, notre robin des bois du swing manouche. Avec son trio, aussi têtu que la musique au sein du Quintette de clarinette, ou en compagnie de Rodolphe Burger, notre Lou Reed bleu blanc rouge. À cette occasion, on l’a entendu capable de muer sa voix sans fin et sans fond en un blues émouvant, porté par les envoutantes mélopées d’un oud électrique.

Sa musique sied autant aux métropoles endormies, aux landes embrumées qu’aux médinas laborieuses. Et ses paysages sonores sont aussi bien crépusculaires, romantiques que fascinants. C’est que notre Marchand est vraiment cosmopolite. Pour cette raison, nous déclarons les états d’âme d’Érik libres et indépendants.