Interview de Miossec

La Ruée vers L'Or...Dinaire

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Avec huit albums au compteur, Christophe Miossec vient fouler du pied et de la prose le plancher de Mythos, le paradis des conteurs. L’occasion de vérifier que le carnet de bord du Brestois n’a pas été mis à sac par le ressac du temps. Miossec pas à sec de mots… Rencontre avec un écrivailleur toujours vaillant.

Mythos se définit comme le « festival des arts de l’oralité ». Un costume taillé sur mesure pour un amoureux des mots comme toi…

Je ne connais Mythos qu’à travers les très bons échos reçus de mes amis rennais, mais tu dois savoir que je ne passe pas mes vacances dans cette ville... C’est vrai par contre, les mots sont ma seule raison d’être. Sans eux, je n’existerais pas. C’est la première fois aussi que je vais jouer sur les planches d’un magic mirror. C’est chouette car la scène est à la hauteur des gens ; au moins, je vais avoir la gueule dans le public, ce qui constitue à mon sens la raison d’être d’un artiste. Bref, les conditions de scène seront à l’opposé de ces concerts où il y a des barrières entre vous et les spectateurs et où vous vous dites qu’il ne manque plus que les cacahuètes…

 Tu payes donc ta tournée ordinaire ?

C’est vrai que je ne me suis pas beaucoup foulé sur le coup. J’ai surfé mollement sur le nom de mon dernier album (Chansons ordinaires, ndlr). Ce qui est bien en revanche, c’est que les gars de Santa Cruz, le groupe rennais avec qui je tourne, se sont littéralement emparés de mes chansons. J’aimerais bien travailler avec eux sur un prochain album. Un disque, ce n’est pas la somme des envies des musiciens, mais plutôt le fruit d’un tronc commun, d’une sorte d’énergie collective. Le prochain Santa Cruz, justement, s’éloigne des sentiers de l’americana, que le groupe avait l’habitude d’emprunter jusqu’à présent.

 

À propos de ton prochain, quels sont tes projets ?

Au niveau discographique, pour l’instant, je gamberge. C’est bien, car c’est gratuit. J’ai envie de quelque chose à l’opposé de mon dernier albumChansons ordinaires, c’est-à-dire de beaucoup moins électrique. Je ne travaillerai pas avec la même équipe, car il n’y a rien de pire qu’un chanteur qui se répète. Acoustique et sauvage… Oui, c’est ça !

Sinon, je m’en vais à l’instant travailler avec le pianiste Baptiste Trotignon sur son prochain disque. Miossec avec un jazzman… Je vois d’ici la tronche de mes détracteurs ! 

 

« Tout a déjà été dit », dis l’une de tes chansons. Tout n’a-t-il pas aussi été écrit ?

C’est vrai qu’en ce qui me concerne, je pompe allègrement. « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », c’est de Stieg Dagerman ; « Ne me secouez pas, car je suis plein de larmes », est une fulgurance de Henri Calet ; « Tout a déjà été dit, mais ce n’est pas grave, car personne n’écoute », vient de Lamartine ; « Tout luit, tout brille, mais rien ne brûle », enfin, je l’ai piqué à Balzac…

Plus sérieusement, il reste dix mille trucs à faire dans le domaine des musiques actuelles. Surtout dans celui de la chanson française, beaucoup trop formatée à mon goût. Oui, je trouve les chanteurs vraiment trop timides, pas assez iconoclastes. Il reste des territoires énormes à défricher, en matière de vocabulaire notamment. Il y a encore tant d’histoires à raconter, aussi.

 Tu dis qu’il faut souvent une phrase pour que se déclenche le processus d’écriture. Quelle sera la prochaine ?

Ce que je peux dire, c’est qu’elle sera empruntée à Hubert Selby Jr, qui l’avait lui-même piqué à Sidi Ali Mohamed, un poète arabo-andalou du IVe siècle. Tu vois, on n’invente vraiment rien !

 Tu es toujours Breton ?

Oui, toujours solidement vissé en haut de ma falaise, à côté de Brest. Je repense à ce sondage du Télégramme dans lequel une majorité de personnes interrogées se déclaraient, un peu comme moi, Brestois avant d’être Bretons. Moi, de dire ça, cela m’a valu des lettres d’insultes. C’est tellement ridicule. Bien sûr que je me sens breton, mais ma Bretagne à moi, c’est le Finistère nord, le coin le moins touristique et aussi le plus sauvage de la région. Je suis halluciné par le nombre de soi-disant Bretons qui ont fait le tour du monde mais ne sont jamais allés à Ouessant. Alors qu’Ouessant, c’est la beauté à l’état pur. À en crever, surtout la nuit.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Gandon