Interview de Robin Foster

Quand Morrissey rencontre Morricone

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Quitter Manchester pour Brest… Une drôle d’idée quand on rêve de vivre de sa musique ? Lancé par un titre destiné à une pub pour la marque Hugo Boss, le beau gosse Robin Foster l’a pourtant fait ! A l'occasion de son passage au Festival Trans Musicales de Rennes, retour sur une carrière en forme de road ou de rade movie, selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre du channel…

Quitter Manchester pour Brest… Quelle mouche vous a donc piquée ?

 J’étudiais les langues à Preston, une ville située à quinze minutes de Manchester. Il fallait faire une année à l’étranger, et j’ai atterri à Brest comme assistant d’anglais. Le patron du World’s end (aujourd’hui boss du pub O’Connell à Rennes) m’a vite branché sur des musiciens locaux. Je ne suis jamais rentré… On peut dire que la fin du monde, comme on appelle parfois le Finistère ici, a marqué pour moi le début d’une nouvelle aventure.

Tu dois aussi beaucoup à Hugo Boss. Peux-tu nous mettre au parfum ?

 J’ai écrit un morceau de musique pour cette célèbre marque de parfum. Il est clair que ça m’a aidé, même si les gens n’ont pas forcément mis un nom dessus tout de suite. Cette pub nous a par contre permis d’exporter ce que l’on faisait, elle est passée partout pendant trois ans. Bon, en même temps, ils me doivent encore des sous (rires) !

En quelques mots, quel est ton parcours ?

 J’ai eu un premier groupe à Brest, nommé Beth, avec qui j’ai tourné pendant six ou sept ans. C’est avec lui que j’ai gagné mes premiers galons, notamment avec notre premier (et dernier) album autoproduit, qui a très bien marché. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et puis j’avais envie de faire les choses en solo, comme je l’entendais. Je suis tombé en plein boom myspace, j’ai donc mis quelques morceaux en ligne, et tout est allé très, très vite. J’ai créé mon propre label pour continuer de vivre ma passion au jour le jour, puis enregistré Life is elsewhere en 2008. J’ai aussitôt enchaîné sur le deuxième album, mais des événements assez forts (la mort de deux amis) m’ont conduit à prendre du recul et à m’installer sur la côte à Crozon. C’est sans doute pour cela qu’une atmosphère happy-sad plane tout au long de Where do we go from here ?, mon second disque.

Tu as aujourd’hui 37 ans, quelles sont tes influences ?

 J’ai écouté religieusement The Smiths durant toute ma jeunesse, et je continue de considérer The Queen is dead comme l’album qui a changé ma vie. J’ai toujours voulu être Morrissey en version instrumentale et déguisé en cow-boy (rires, ndlr) ! Si je devais désigner l’héritier des Smiths aujourd’hui, par la place laissée au texte notamment, je citerais Elbow sans hésiter. Talk Talk et Mark Hollis m’ont également beaucoup marqué.

On utilise beaucoup l’étiquette post-rock ou rock cinématographique pour désigner ta musique. Est-ce que cela te cause ?

 On étiquette beaucoup de nos jours. J’essaie quant à moi de faire de la musique qu’on ne peut pas mettre dans une boîte, ou pour laquelle il faudrait justement inventer une nouvelle boîte. Bon, allons-y pour le post-rock cinématographique (rires, ndlr) ! Mon second album est à moitié chanté, à moitié instrumental, c’est de la musique avant tout, quelque part entre Ennio Morricone  et Morrissey, comme je le disais tout à l’heure.

Cela signifie quoi, pour toi, les Trans Musicales ?

 (Du tac au tac, ndlr) Crescendo ! En Bretagne, on peut tourner partout, mais les TransMusicales, c’est un peu le sommet de la montagne. Plus qu’un festival, cet événement est pour moi synonyme de rencontre : rencontre des artistes avec les professionnels ; rencontre des artistes avec le public, aussi. Rencontres, découvertes… J’ai rêvé des TransMusicales, comme je pourrais rêver de jouer au festival de jazz de Montreux.

En quoi la Bretagne influence-t-elle ton travail ?

 Curieusement, la Bretagne est une région assez similaire au nord-ouest de l’Angleterre. Il y a la mer, un climat tempéré, beaucoup de nuages aussi… Il y a aussi des similitudes dans l’esprit, mais bon, je n’avais pas prévu de passer ma vie ici ! Je suis un étranger à Brest, comme je suis un étranger à Manchester. La vie nomade me va finalement assez bien.

8 / Manchester… United ou City ?

 (Du tac au tac, ndlr) United bien sûr !   

Propos recueillis par Jean-Baptiste Gandon

Retrouvez Robin Foster en concert au Festival Rencontres Trans Musicales de Rennes - vendredi 02 décembre- Parc des Expositions de Rennes